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Pastorales
Une proposition de Red Shoes Bureau pour la galerie ACDC
Exposition avec les œuvres de Diego Marcon, Noëlle Pujol et Eléonore Saintagnan
Du 6 au 31 juillet, Vernissage le 3 juillet à 18h00.

1, rue des étables - 33800 Bordeaux - France
tram C - Station « Sainte Croix »
Du mardi au samedi, 13h - 19h ou sur rendez-vous.
contact@galerieacdc.com
T +33(0) 952 989 737
La pastorale, ou bucolique, met en scène les douceurs de la
vie champêtre, célébrant ses qualités, la simplicité et la grâce.
Diego Marcon, Noëlle Pujol et Eléonore Saintagnan illustrent
cette forme poétique, autant par le choix de leurs sujets - des
représentations d’une nature vive ou inanimée, réelle, symbolique
ou mythologique, peuplée ou sauvage - que par celui d’une
construction filmique nourrie par une grammaire lyrique.
Par de fréquentes immobilités de la caméra, le film devient
tableau, rappelant autant la peinture de paysage de Corot ou
de Poussin qu’une scène de genre de Chardin. Chaque artiste
dépeint et encadre la vie de campagne, tout en portant à l’écran
des représentations préexistantes de celle-ci - photographies,
gravures ou peintures - et pose alors les questions de la
matérialisation de l’absence et de la représentation légendaire
à travers l’imagerie patrimoniale. Les scènes de vie rustique
deviennent prétexte à la représentation de sociétés idylliques.
Le rapport à la pastorale s’établit aussi par les formes narratives
particulières que les artistes développent : Storie di fantasmi per
adulti raconte une histoire à travers des associations d’objets et
l’imagination d’un espace alors que St Gildas/Fragment, plus
rigoureusement construit, prend une forme littéraire proche
de l’essai ; dans Les petites personnes, l’aspect documentaire
prend le dessus, laissant les sujets et leur réalité créer euxmêmes
la narration.
La mise en espace à la galerie ACDC définit pour chaque oeuvre
un territoire symbolique et valorise les jeux de correspondances
thématiques : de la religion et de l’histoire ; des traces d’une
légende passée ou d’un quotidien de campagne ; des portraits
et actions interprétées par des enfants, des reliques, la faune
et la flore... Pastorales est à envisager comme une exposition
bucolique propre à un mois de juillet : «Aurora, allez pose ta
plume et viens te mêler aux plaisirs champêtres» (Eric Rohmer,
Le genou de Claire, 1970).
Diego Marcon - Storie di fantasmi per adulti (Histoires de fantômes pour adultes) ,16’ 22’’, Video, couleur/son, 2010
Une maison de montagne, des pièces remplies d’images et des espaces imaginaires. Le regard se pose sur une taxidermie
accrochée à un mur alors que du coin de l’oeil, une autre semble bouger. Une succession de peintures, d’imprimés, de petites
statues, de photographies. Des fantômes tremblent dans cette immobilité apparente. Des sons apparaissent. Toussotements,
phrases murmurées dans la maison. Une chanson d’amour champêtre.
De quels fantômes Diego Marcon nous parle-t-il? Des hommes et des animaux, tels des âmes errantes. Les tableaux inquiétants
de cet intérieur rural peuplé de reliques, restes de vie humaine et animale, plongent le spectateur dans un univers pour le moins
étrange. Les objets s’animent et deviennent les protagonistes d’une histoire.
Diego Marcon est un jeune vidéaste au parcours atypique :
l’artiste a d’abord suivi une formation classique et technique
de monteur, pour se tourner ensuite vers des études en cinéma
et arts visuels, et finalement réaliser des vidéos et inscrire son
travail dans le cadre de nombreux programmes de résidences.
Il se dit inspiré par de cinéastes tels que Dreyer, Fassbinder,
Riefenstahl ou encore Jon Jost, et reconnaît une fascination
notoire pour la vidéaste française Noëlle Pujol.
Très précis sur le plan formel et technique, il élabore une imagerie
où s’affinent, au fil d’un travail très prolifique, une reconstruction
et une sublimation du réel.
Il explore des terrains anonymes, mettant en scène dans la ville
ou la campagne ses protagonistes et ses symboles, ainsi que
son monde à lui. Les membres de sa famille deviennent des
sortes de comédiens burlesques, offrant un spectacle à la fois
hilarant, pathétique et contemplatif.
Diego se dit passionné par les archives dont il se sert comme
outils de base à sa pratique, non pas pour les répertorier, mais
dans l’idée d’en faire des traces de vie et de mémoire et de
les réutiliser pour les figer dans une nouvelle temporalité plus
proche de lui.

Storie di fantasmi per adulti (Histoires de fantômes pour adultes), Diego Marcon
Noëlle Pujol - st. gildas/fragment, 8’ 54’’, Video, couleur/son, 2007
Production : ODDC des Côtes d’Armor et l’Association des compagnons de
l’Abbaye de Bon-repos.
St.Gildas/Fragment déploie une trame de récit, l’histoire d’une dissémination d’un saint ermite, devenu reliquaire, momie de pierre
érigée devant la mer.
Partir d’un mythe local et le mettre en images, comme un manuscrit médiéval illustre une légende. St Gildas habite l’église à travers
les icônes et à l’extérieur s’incarne dans la nature. Par fragments, comme l’énonce le titre du film, Noëlle Pujol construit une narration
sur les traces de St Gildas : une forêt, la mer, des sculptures commémoratives, puis des icônes et des tableaux religieux, un temple,
sa gardienne, des statues personnifiées et le silence... dans cette campagne mystique flottent les réminiscences palpables d’un
saint ermite.
«BOUM ! Noëlle Pujol y est allée. Elle a trouvé ceux qui la
cherchaient. Des rencontres «arrangées», de celles qui ne
doivent rien au hasard, bien au contraire. D’un côté, les vies
du réel à l’état de veille, cloisonnées dans leur état d’être au
monde, de l’autre le cinéma, qui «[...] grâce à la dynamite de
ses dixièmes de seconde, fit sauter cet univers carcéral, si bien
que maintenant, au milieu de ses débris largement dispersés,
nous faisons tranquillement d’aventureux voyages.» (Walter
Benjamin, OEuvres III.)
RENCONTRER QUI/QUOI ? […] Loin de nous l’idée de
considérer l’approche de Noëlle entachée d’une quelconque
misandrie, la chose est bien plus belle. Certains pourraient
rapidement conclure à la séduction d’une prétendue marginalité
de ces personnages ou au soi-disant «exotisme» d’un quotidien
ordinaire. Rien de tout cela dans les intentions de l’artiste.
L’opération visée est d’une tout autre nature, semblable aux
paroles de Gilles Deleuze dans l’Abécédaire quand il évoque
la notion de rencontre. Il dit ceci: «les rencontres ne se font pas
avec les gens mais avec les choses». [...] Ce qu’elle voit d’abord
dans ceux qu’elle choisit, c’est leur immense capacité à «faire
image» ou en d’autres mots, à se REPRÉSENTER à elle et non
pas simplement à se présenter à elle. [...]»
Céline Saraiva (Extraits)

St. gildas/fragment, Noëlle Pujol
Éléonore Saintagnan - Les petites personnes, 17', Video, couleur/son, 2003
Dans un village ardéchois, trois jeunes soeurs vivent dans un microcosme créé à leur échelle...
Claire-Marine, Ludmina et Mélodie-Amour sont soeurs. Elles vivent en Ardèche, dans un village isolé au coeur d’une nature sauvage,
dans leur maison paysanne. Les trois petites filles sont livrées à elles-mêmes, pour de vrai ou pour de faux, peu importe finalement.
Eléonore Saintagnan fait de cette nature un terrain de jeu, d’expérimentation, d’apprentissage du quotidien pour ces petites
personnes, telle une idylle de vie rurale où tout est à inventer. Comme la société des enfants de Zéro de conduite de Jean Vigo, ces
instants d’anarchie invitent au rêve d’un autre monde des hommes.
« Ça existe, ça, comme pratique artistique, la rencontre ? Oui,
au moins à un exemplaire : E. Saintagnan. Il y faut une qualité
d’écoute exceptionnelle, et un courage très singulier, pour aller
vers les autres afin qu’ils viennent eux-mêmes, et tels qu’en en
eux-mêmes jamais ils ne se livreraient (et nous non plus !). Il
peut suffire de très peu – quelques minutes d’immobilité où
affleurent une existence, un continent d’émotions, d’angoisses,
de rêves (Portraits flamands). Il peut suffire d’un dispositif
aussi élémentaire que l’abécédaire, prétexte organisateur
de la rencontre des habitants d’un territoire (le Parc Régional
des Ballons des Vosges), héros transgressifs de leur propre
quotidien, eux-mêmes auteurs d’oeuvres construites in vivo par
leur imaginaire personnel, par le réagencement modeste et
impérieux de leur existence à eux, à chacun, par leurs refus,
leurs phobies, leurs routines et leurs délires aussi bien, regardés
et écoutés de face, de plain-pied. Bien vus, bien entendus. »
Jean-Michel Frodon, Extrait

Les petites personnes, Éléonore Saintagnan
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